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Des politiques de santé aux citoyens, la e-santé s’invite dans le quotidien

23 mars 2018

De plus en plus, la santé connectée arrive dans le quotidien des citoyens, mais aussi dans celui des médecins. Si l’utilisation de certains outils de santé connectée sont en passe de devenir courants, il reste encore du chemin à parcourir. Et cela passe notamment par des lois.

Marc Labrunée est Praticien Hospitalier spécialisé en Médecine physique et réadaptation à l’Unité de réadaptation cardiaque ambulatoire du CHU de Toulouse Rangueil. Il constate depuis quelques années la progression de la santé connectée dans son travail : « La e-santé n’est pas encore entrée complètement dans mon quotidien, mais son impact commence à se développer et le mouvement s’accélère. » Cette accélération s’appuie sur deux mouvements parallèles. D’un côté, les patients et les citoyens s’emparent des nouvelles technologies, achètent des objets connectés de santé et téléchargent des applications liées à la santé. De l’autre, le gouvernement, sous la houlette de la Ministre des Solidarité et de la Santé Agnès Buzyn, s’empare de ces questions de santé numérique via de nouvelles lois.


Des patients bénéficient des possibilités offertes par la e-santé

Les Français qui achètent ces objets connectés de santé ou utilisent des applications sont d’abord des malades. « On a de plus en plus régulièrement, même si c’est encore balbutiant, des patients qui achètent un tensiomètre et relèvent leurs données sur leur Smartphone chez eux au quotidien, confirme Marc Labrunée. Il s’agit d’une démarche individuelle, mais souvent sur les conseils d’un médecin. Des études ont largement montré l’avantage pour les malades hypertendus d’avoir des relevés réguliers et fiables, qui permettent aux médecins des diagnostics et des traitements mieux adaptés. » Le constat est le même pour les personnes diabétiques qui relèvent leur taux d’insuline au quotidien grâce à un objet connecté à une application. Le médecin y voit un double avantage : « On a à la fois plus d’informations pour une meilleure prise en charge, mais aussi des patients plus actifs et plus concernés. Le seul bémol est lié aux patients angoissés qui peuvent se focaliser un peu trop sur le problème. » Ces malades chroniques utilisent ainsi la santé connectée dans le cadre d’un parcours de soin avec le suivi de soignants. Ce mouvement devrait s’amplifier encore dans les prochaines années.


Les citoyens s’emparent de la e-santé

Un autre aspect se développe en parallèle : celui de la prévention. Car les outils de santé connectée, objets ou applications, peuvent aussi aider à faire de la prévention avant, pendant ou après une maladie. En effet, qu’ils soient malades (avec une nécessité de prévenir une rechute ou une aggravation de la maladie) ou pas encore malades, certains citoyens ont la volonté de prendre en main leur santé. « Pour cela, ils utilisent des outils de quatified-self, qui mesurent, relèvent et analysent des données personnelles, explique le médecin. C’est le cas par exemple du cardiofréquencemètre qui fournit des éléments de repère sur l’activité physique, la fréquence cardiaque et les progrès de l’utilisateur. » L’outil, sous la forme d’une montre ou bien d’un t-shirt, peut- être utilisé dans le parcours de soins avec un suivi, mais aussi en prévention simple par un citoyen qui se préoccupe de sa santé et veut éviter une maladie.


Un cadre législatif ouvert à l’expérimentation

Mais le développement de la e-santé passe aussi par une véritable volonté politique permettant de structurer et de contrôler les usages autour de ce domaine. Adopté en première lecture par l’Assemblée Nationale en octobre 2017, le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2018 s’intéresse largement à l’utilisation du numérique dans la santé. « On est aujourd’hui dans un mouvement de changement des pratiques, de structuration des parcours en santé connectée et d’innovation organisationnelle pour les médecins avec notamment le renforcement de la télémédecine, analyse Marc Labrunée. Ce mouvement s’accélère véritablement depuis un an. » Par exemple, l’article 36 de la loi propose un cadre pour la télésurveillance de quatre maladies chroniques, dont l’insuffisance cardiaque et le diabète. Des parcours type de télésurveillance post-hospitalisation pour des patients sévères sont prévus, avec un accès à une plateforme numérique de suivi et un accompagnement thérapeutique. « L’originalité du texte est qu’il introduit une notion tarifaire en commençant à penser un modèle économique basé sur l’assurance maladie pour ce type de suivi thérapeutique appuyé sur le numérique. » De son côté, l’article 35 de cette même loi s’intéresse au parcours de soin et laisse ouvert le champ à l’expérimentation dans les territoires, y compris autour de solutions liées au numérique. « Tout est encore à inventer mais, avec cette loi qui devrait être adoptée en 2018, nos pratiques vont rapidement évoluer », conclut le médecin toulousain.