H-CAMP

H-CAMP
Top et flop : pourquoi les objets connectés ne connaissent pas tous le même succès ?

10 avril 2018

Montres, bracelets, patchs, lunettes… Des dizaines d’objets connectés liés au bien-être et à la santé circulent sur le marché. Pour autant, cela ne signifie pas que les utilisateurs se les approprient réellement.

En 2017, selon la société de conseil en technologies Gartner, il existe 8,4 milliards de ces appareils dans le monde. Soit plus que le nombre d’êtres humains ! Et ce chiffre va continuer d’augmenter pour atteindre, selon leurs prévisions, les 20 milliards à la fin de l’année 2020. Si l’on s’intéresse aux créneaux spécifiques de la santé et du bien-être, la société d’études Grand View Research pronostique que le nombre d’appareils pourrait passer de 73 millions dans le monde en 2016 à 161 millions en 2020. Ce développement rapide ne signifie pas pour autant que l’utilisateur suit le même mouvement. Ainsi, dans un article du site www.theconversation.com, Christine Balagué, professeur titulaire de la chaire objets connectés et réseaux sociaux à la Télécom École de Management (Institut Mines-Télécom) estime que les utilisateurs restent encore dubitatifs devant ces appareils. Il est vrai qu’un sondage d’Opinion Way réalisé en mars 2017 montre que 35 % seulement des Français perçoivent l’intérêt de tels produits pour suivre leur état de santé.


Une offre pléthorique, une utilisation timide

Certains patients, encouragés par leur médecin, s’emparent pourtant facilement des objets connectés ayant un réel intérêt pour eux et pour leur santé. C’est le cas notamment pour les personnes atteintes de maladies chroniques comme le diabète ou l’hypertension. Les appareils permettant aux malades de mesurer leur glycémie ou leur tension chez eux offrent aux équipes médicales un meilleur suivi de l’évolution de la maladie. Pour ces objets connectés, leur réelle valeur ajoutée pour l’utilisateur assure leur succès. Mais pour la plupart des citoyens, l’objet connecté de bien-être ou de santé n’est pas encore devenu un objet du quotidien. Nombre de ces appareils attendent sagement leur heure au fond d’un placard après un achat impulsif ! Le prix élevé, le manque de fiabilité supposé des mesures ou encore des craintes sur la sécurité des données rendent les consommateurs prudents.


L’appropriation de l’objet, un processus long

Selon Christine Balagué, l’appropriation d’un objet connecté « est effective lorsque l’individu a fait de la technologie un objet de sa vie quotidienne. » Pour l’enseignante, ce processus se fait en quatre étapes. D’abord, il faut s’approprier le produit lui-même, dans sa dimension physique. Puis, il faut s’approprier le service fourni par l’objet, souvent via une application mobile qui compile les données et les analyse afin de proposer à l’utilisateur des recommandations pour améliorer sa santé. C’est le cas des montres connectées qui surveillent l’activité physique de l’utilisateur et lui indiquent ses statistiques, ainsi que les points à améliorer. Cela implique aussi pour l’utilisateur de se familiariser avec l’application smartphone, avec les autres objets connectés ou avec la plateforme recevant les données, car l’objet connecté est généralement relié à d’autres appareils. Troisième étape : définir la fonction qui intéresse ou concerne réellement l’utilisateur. Parmi les fonctions proposées, on choisira ainsi d’utiliser l’objet dans un but spécifique, comme mesurer son activité physique par exemple. La dernière phase « se caractérise par le fait que l’utilisateur intègre l’objet dans ses pratiques quotidiennes », explique Christine Balagué. A ce stade, l’objet peut avoir changé les habitudes de la personne, l’incitant par exemple à monter les escaliers plutôt qu’à prendre l’ascenseur.


Fabricants, l’enjeu de s’adapter aux usages réels

Pour que ces objets connectés ne restent pas à dormir au fond d’un placard, il faut donc que les fabricants anticipent les usages attendus par les consommateurs. Pourtant, ils peinent à effectuer avec pertinence ce travail d’anticipation de l’utilisation des appareils. Pour voir un vrai changement de comportement, sans doute faudra-t-il attendre que les fabricants soient en mesure de répondre aux craintes exprimées par les utilisateurs sur la fiabilité des mesures, sur la sécurité des données ou encore sur le respect de la vie privée…